Mouvoir (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

( je meus, nous mouvons ; je mouvais, nous mouvions ; je mus ; je mouvrai ; je mouvrais ; meus, mouvons ; que je meuve ; que je musse ; mouvant ; mû , mue, mus, mues. Plusieurs de ces formes sont peu usitées). XI e siècle, muveir . Issu du latin movere , de même sens.

I. V. tr.
1. Mettre en mouvement, déplacer, faire aller d'un lieu à un autre. Mouvoir ses bras, ses jambes. L'eau qui meut la roue du moulin. Pron. Un corps qui se meut en ligne droite. Les planètes se meuvent autour du Soleil. Spécialt., en parlant d'une personne. Se déplacer, marcher. Se avec aisance. Loc. verb. Faire se une chose ou, ellipt., la faire , la mettre en mouvement. Un ressort fait tout le mécanisme.
2. Fig. Donner quelque impulsion à une personne, la faire agir. J'ignore ce qui le meut. Être mû par la passion, par ses convictions, par l'intérêt.

II. V. intr. En parlant d'un fief, relever, dépendre de. Vendre une terre à charge de payer les droits au seigneur dont elle se trouvera .


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je meus, tu meus, il meut; nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent. Je mouvais. Je mus. Je mouvrai. Je mouvrais. Meus. Que je meuve. Que nous mouvions. Mouvant. Mû." Plusieurs de ces temps sont peu usités.) Déplacer, faire aller d'un lieu à un autre, mettre en mouvement. "Mouvoir un meuble. Le ressort qui meut toute la machine."
SE MOUVOIR signifie spécialement Marcher, se déplacer. "Il se meut très difficilement. Un corps qui se meut en ligne droite."
Mouvoir se dit aussi des Idées, des sentiments et signifie Exciter, donner quelque impulsion, faire agir. "J'ignore l'idée qui le meut. Mû par la passion. C'est la passion qui le meut."
"Faire ," Mettre une chose en mouvement, faire qu'elle se meuve. "Un simple ressort fait tout le mécanisme." Fig., "La volonté fait les autres facultés."
En termes de Procédure, "Tous procès mus et à ," Tous procès présents et futurs. "Pour terminer tous procès mus et à ."
En termes de Féodalité, il se dit d'un Fief qui relève d'un autre.



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Déplacer par un mouvement. L'eau qui meut la roue d'un moulin. Mouvoir une chose de sa place.
BOSSUET: « Par ce droit souverain [de créateur], il [Dieu] la tourne [la matière], il la façonne, il la meut sans peine »

 2   Fig. Conduire par un mouvement moral.
VAUG.: « Nous sommes enflammés suivant les divers objets qui nous meuvent »
DESC.: « Quoiqu'il y ait des espaces dans lesquels je ne trouve rien qui excite et meuve mes sens »
DU RYER: « Mais on te considère, avec tes grands efforts, Comme l'âme qui meut ce détestable corps »
CORN.: « L'or mouvait ce fantôme ; et, pour perdre Dircé, Vos présents lui dictaient ce qu'il a prononcé »
ROTR.: « Votre intérêt, Créon, vous meut plus que ma gloire »
ROTR.: « Et son art [d'une femme], redoutable aux esprits les plus forts, Pour produire un dessein meut de puissants ressorts »
PASC.: « Quand la grâce efficace meut le libre arbitre, il consent infailliblement »
BOSSUET: « Saint Augustin, celui qui a le mieux entendu que le libre arbitre est mû de Dieu »
BOILEAU: « Sentiez-vous, dites-moi, ces violents transports Qui d'un esprit divin font les ressorts ? »
VOLT.: « Ce corps vil et mortel est-il donc si sacré Que l'esprit qui le meut ne le quitte à son gré ? »

PROVERBE L'objet meut la puissance, la présence de l'objet détermine à l'action ; locution prise de la philosophie d'Aristote où la puissance signifie la simple disposition à faire une chose ; quand cette puissance était mue, elle passait à l'acte.
    Absolument.
ROTROU: « Et mon bras n'est du sien qu'un chétif instrument Qui ne meut et n'agit que par son mouvement »
LA FONT.: « Sur un corps qui ne vit, ne meut ni ne respire »
    À ces causes et autres considérations à ce mouvant, c'est-à-dire nous portant, nous excitant ; formule qui s'employait dans les édits du roi.

 3   Mouvoir une querelle, une question, susciter une querelle, une question....
LA FONT.: « J'ai vu les gens Mouvoir deux questions.... »
    Mouvoir guerre, faire la guerre (locution vieillie).
P. L. COUR.: « Cette parole fut cause à Cambyse grandement courroucé de guerre à l'Égypte »
    En termes de palais, tous procès mus et à .

 4   V. n. Terme de féodalité. Se dit d'une terre qui relève d'une autre.

 5   Se , v. réfl. Être déplacé par un mouvement.
BOILEAU: « Aux accords d'Amphion les pierres se mouvaient »
BOILEAU: « Que Rohault vainement sèche pour concevoir, Comment, tout étant plein, tout a pu se »
BUFF.: « La cause déterminante de son mouvement étant contre-balancée, l'animal ne se mouvra pas pour atteindre à l'objet de son appétit »
BUFF.: « Tout se passe, se suit, se succède, se renouvelle et se meut par une puissance irrésistible »
    Avec ellipse du pronom se, faire , mettre en mouvement.
VOLT.: « On brûla dans le marché de Londres plusieurs statues de bois que des moines faisaient par des ressorts »
    Fig.
FLÉCH.: « Qu'est-ce qu'une armée ? C'est un corps animé d'une infinité de passions différentes qu'un homme habile fait pour la défense de la patrie »
MASS.: « Les ressorts secrets qui font les cours et les empires »

REMARQUE
    L'Académie dit que plusieurs des temps de ce verbe ne sont usités que dans le style didactique, mais les exemples classiques rapportés ci-dessus permettent d'en user partout.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. XX: Je t'en muvrai un tel si grant contraire [opposition]
     ib. CII: Après lui dist : cuivert, mar i moüstes [à malheur y vîntes]
    XIIème siècle
     Sax. V: Seignor, par tel maniere, jà nus [nul] n'en soit doutans, Fu meüe la guerre entre Saisnes et Frans
     Ronc. p. 105: Ne la meüssent [une pierre] li buef d'une charrue
    XIIIème siècle
     la Rose, 2054: Avant que vous movés de ci [avant que vous partiez d'ici]
     ib. 5669: Li pueples.... Qui fu tous de pitié meüs
VILLEH.: « Li quens Baudoins leur mande, par le conseil le duc de Venise et des autres barons, qu'il meüssent [se missent en mouvement] à l'issue de mars »
     Chr. de Rains, 88: Si en fu mervelles [singulièrement] meüs en pitiet
J. DE MEUNG: « À vertueuse guerre Pour nostre adversaire conquerre »
BEAUMANOIR: « Se c'est heritages, li ples [le procès] demorra par devant le segneur de qui il muet »
JOINV.: « Du prael [pré] mouvoit une alée qui aloit au flum »
RUTEB.: « N'aiez paour, je ne di pas Que meviez isnel le pas, Pour la sainte terre defendre »
    XIVème siècle
H. DE MONDEVILLE: « Les utilités pour quoi les mendibles [mâchoires] desous se meuvent sans celes desus »
ORESME: « Ce qui les meut à telles opinions, c'est pour ce que ilz veullent fuir le mal et la misere où ilz sont »
    XVème siècle
FROISS.: « Adonc commencerent à parler ces dames et ces seigneurs ensemble, et la jeune dame en estant se tenoit toute coie, et ne mouvoit ni oeil ni bouche »
COMM.: « Incontinent que ung discord se mouvoit en Angleterre »
COMM.: « Qui peut avoir meu le conte de prendre cette alliance »
COMM.: « Vous devez avoir entendu au long dont mouvoit ceste guerre »
     Ordonnance, 1485: S'il y met grand merrien, tel que le mur peust empirer, il doit faire pilier de pierre de taille, mouvant de terre, suffisant pour le soustenir ; et, s'il ne meut de terre, si doit il estre fondé sur fondement ou mur de pierre de taille
    XVIème siècle
M. DU BELLAY: « Le chancelier Duprat, de longtemps mal meu contre le dit seigneur de Semblançay »
AMYOT: « Dieu s'esjouit grandement après qu'il eut achevé le monde, quand il le veit tourner et son premier mouvement »
RAB.: « Quand les Grecs movoyent armes les ungs contre les aultres »
RAB.: « Estans sur la riviere de Loyre, nous sembloyent les arbres prochains se movoir ; toutefoys ilz ne se mouvent, mais nous, par le decours du basteau »
PARÉ: « Les muscles se revirans vers leurs origines mouvent l'os fracturé »
MONT.: « Quels ressorts nous meuvent »

ÉTYMOLOGIE
    Berry et Normandie, mouver ; wallon, mouwer ; provenç. mover, movre ; cat. mourer ; esp. et port. mover ; ital. movere ; du lat. movere. Le radical sanscrit me (e long) paraît être dans movere, meare. Le participe meü, devenu mû, par contraction, suppose un participe barbare movutus.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je meus, tu meus, il meut; nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent. Je mouvais. Je mus. Je mouvrai. Meus. Que je meuve. Que nous mouvions. Je mouvrais. Que je musse. Mouvant. Mû." Plusieurs de ces temps ne sont en usage que dans le style didactique.) Remuer, faire aller d'un lieu à un autre, faire changer de place. "Mouvoir une chose de sa place. Cent hommes ne sauraient cette pierre. Le ressort qui meut toute la machine. On ne saurait expliquer comment l'âme, étant purement spirituelle, peut le corps."
Il se dit aussi Des facultés de l'âme et des choses morales, et signifie, Exciter, donner quelque impulsion, faire agir. "C'est la passion qui le meut. C'est la colère qui l'a mû à cette action."
Prov., "L'objet meut la puissance," La présence de l'objet détermine à l'action.
"Mouvoir une querelle," Susciter, faire une querelle. On dit aussi quelquefois, "Émouvoir." L'un et l'autre sont peu usités.
En termes de Palais, "Tous procès mus et à ," Tous procès présents et futurs. "Pour terminer tous procès mus et à ."
"À ces causes et autres considérations à ce nous mouvant," c'est-à-dire, Nous portant, nous excitant: formule qui s'employait dans les édits du roi.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi avec le pronom personnel. "Le pauvre homme ne saurait se . Un corps qui se meut en ligne droite."
Elliptiq., "Faire ," Mettre une chose en mouvement, faire qu'elle se meuve. Il s'emploie au sens physique et au sens moral. "Voilà le ressort qui fait toute la machine. La volonté fait les autres facultés".



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


"Je meus, tu meus, il meut; nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent. Je mouvois. Je mus. Je mouvrai. Meus. Que je meuve. Que nous mouvions. Je mouvrois. Que je musse". Plusieurs de ces temps ne sont en usage que dans le style didactique. Remuer, faire aller d'un lieu à un autre, faire changer de place. "Mouvoir une chose de sa place. Cent hommes ne sauroient cette pierre. Le pauvre homme ne sauroit se . Le ressort qui meut, qui fait toute la machine. On ne sauroit expliquer comment l'âme, étant purement spirituelle, peut le corps".
Il se dit aussi Des facultés de l'âme et des choses morales, et signifie, Exciter, donner quelque impulsion, faire agir. "La volonté fait les autres facultés. La grâce meut la volonté au bien. Qui l'a pu à vous faire cette insulte? C'est la passion, la colère qui l'a mû à cette action".
On dit proverbialement, "L'objet meut la puissance," pour dire, Que la présence de l'objet détermine à l'action.
On dit, "Mouvoir une querelle", pour dire, Susciter une querelle, faire une querelle. On dit aussi quelquefois "Êmouvoir".
On dit aussi en termes de Pratique, "Tous procès mûs et à . Pour terminer tous procès mûs et à ".
On emploie cette formule dans les dispositifs des Édits du Roi, "A ces causes et autres considérations à ce nous mouvant". Et dans ce sens il signifie, Portant, excitant.



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


"Je meus, tu meus, il meut, nous mouvons, vous mouvez, ils meuvent. Je mouvois. Je mus. Je mouvrai. Meus. Que je meuve. Que nous mouvions. Que je musse." Plusieurs de ces temps ne sont en usage que dans le style didactique. Remuer, faire aller d'un lieu à un autre, faire changer de place. "Mouvoir une chose de sa place. Cent hommes ne sauroient cette pierre. Le pauvre homme ne sauroit se . Le ressort qui meut, qui fait toute la machine. On ne peut expliquer comment l'ame qui est purement spirituelle, peut le corps."
Il se dit aussi Des facultés de l'ame & des choses morales, & signifie, Exciter, donner quelque impulsion, faire agir. "La volonté fait les autres facultés. La grâce meut la volonté. Qui l'a pu à vous faire cette insulte? C'est la passion, la colère qui l'a mû à en user de la sorte."
On dit, "Mouvoir une querelle," pour dire, Susciter querelle, faire une querelle. On dit plus ordinairement, "Émouvoir."
On dit aussi en termes de Pratique, "Tous procès mûs & à . Pour terminer tous procès mûs & à ."
On emploie cette formule dans les dispositifs des Édits du Roi. "À ces causes & autres considérations à ce nous mouvant." Et dans ce sens il signifie, Portant, excitant.



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Verbe 


Remuer, faire aller d'un lieu à un autre, faire changer de place. "Mouvoir une chose de sa place. cent hommes ne sçauroient cette pierre. le pauvre homme ne sçauroit se . les intelligences qui meuvent les spheres celestes. on dit que le premier mobile meut tous les autres cieux. le ressort qui meut, qui fait toute la machine. c'est l'ame qui meut le corps".
Il se dit aussi des facultez de l'ame, & des choses morales, & signifie, Exciter, donner quelque impulsion, faire agir. "La volonté fait les autres facultez. la grace meut la volonté. qui l'a pû à luy faire cette insulte? c'est la passion, la colere qui l'a meu à en user de la sorte".
On dit, "Mouvoir querelle," pour dire, Susciter querelle, faire une querelle.
On dit aussi en termes de Pratique, "Tous procés meus & à . pour terminer tous procés meus & à ".
On employe dans les dispositifs des Edits du Roy, "A ces causes & autres considerations à ce nous mouvant".




Emplacement dans le dictionnaire :

moutûre
mouture
mouvage
mouvance
mouvant
mouve-chaux
mouvement
mouvementé
mouvet ou mouvette

moyé
moye
moyen
moyen âge
moyenâgeux
moyennant
moyenné
moyenne
moyennement
moyenner
moyenneur




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...les vieilles boiseries de chêne reluisent comme des miroirs ; on sent qu'Yves a passé par là. Ces chandeliers n'éclairent pas loin et il y a dans cette chaumière des recoins noirs ; on voit se mouvoir de grandes choses bien blanches, qui sont les coiffes à larges ailes et les collerettes plissées des femmes ; autrement les fonds sont très obscurs ; la lumière vient mourir en tremblotant sur le...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...peut-on dire, par définition ; car nous ne sommes plus nous-même, mais l'être collectif. Les molécules sociales qui ne seraient cohérentes que de cette seule manière ne pourraient donc se mouvoir avec ensemble que dans la mesure où elles n'ont pas de mouvements propres, comme font les molécules des corps inorganiques. C'est pourquoi nous proposons d'appeler mécanique cette espèce de...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...sur nous, et il laisse bien plus de place au libre jeu de notre initiative. Ici donc, l'individualité du tout s'accroît en même temps que celle des parties ; la société devient plus capable de se mouvoir avec ensemble, en même temps que chacun de ses éléments a plus de mouvements propres. Cette solidarité ressemble à celle que l'on observe chez les animaux supérieurs. Chaque organe, en effet, y a sa...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...la vie sociale, il peut aller la transporter ailleurs, d'autant plus aisément que ces sécessions se font généralement par bandes ; car l'individu est alors constitué de telle sorte qu'il ne peut se mouvoir qu'en groupe, même pour se séparer de son groupe. De son côté, la société exige bien de chacun de ses membres, tant qu'ils en font partie, l'uniformité des croyances et des pratiques ; mais, comme...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...quelconque, c'est l'existence d'opérations effectuées en commun par toutes les parties. Or, entre les membres de la colonie, il y a mise en commun des matériaux nutritifs et impossibilité de se mouvoir autrement que par des mouvements d'ensemble, tant que la colonie n'est pas dissoute. Il y a plus : l'oeuf, issu de l'un des segments associés, reproduit, non ce segment, mais la colonie entière dont...


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